L’entrepreneur individuel (EI): Création, fiscalité et gestion administrative – Guide complet 2026.
L’entreprise individuelle (EI) est, somme toute, la forme juridique la plus simple et la plus accessible pour entreprendre seul en France. Ainsi, depuis la réforme du 14 février 2022, elle offre une protection automatique du patrimoine personnel et une flexibilité fiscale accrue. En 2026, c’est encore la voie privilégiée de plus de 2,8 millions d’actifs. Ce guide vous explique tout: comment créer votre EI, quels impôts vous paierez, et comment gérer votre comptabilité au quotidien.
Capital requis
0 €
Aucun apport obligatoire
Délai de création
1 à 3 jours
via le guichet unique INPI
Régime fiscal par défaut
(IR)
Option (IS)
Coût de création
0 €
Immatriculation gratuite
1. Qu’est-ce que l’Entrepreneur Individuel (EI) ?
L’entrepreneur individuel est une personne physique qui exerce une activité professionnelle en son nom propre, sans créer de société distincte. C’est-à-dire que l’entrepreneur individuel et son entreprise ne font qu’une seule personne existante juridiquement. Ce n’est pas le cas dans les sociétés commerciales où le dirigeant ou président a une responsabilité juridique différente de celle de sa société.
Mais cela ne veut pas non plus dire que l’entrepreneur individuel engage tout son patrimoine dans le cadre de l’exercice de son activité. Cela a été le cas pendant longtemps, notamment lors de l’expansion de la théorie de l’unité du patrimoine dégagée par les Professeurs Charles Aubry, et Charles Rau. Selon leur théorie, le patrimoine est l’émanation de la personnalité juridique, il est incessible, intransmissible et indivisible.
Depuis la réforme n° 2022-172 du 14 février 2022 en faveur de l’activité professionnelle indépendante, l’entrepreneur individuel bénéfice d’une séparation automatique entre son patrimoine professionnel et son patrimoine personnel. Ainsi, apparaît-il qu’en cas de dettes professionnelles (les crédits bancaires, les financements obtenus) nées à l’occasion de l’exercice de votre activité professionnelle, les créanciers ne peuvent plus saisir les biens personnels de l’entrepreneur (tels que la résidence principale, l’épargne personnelle, etc.), sauf en cas de renonciation de l’insaisissabilité de la résidence principale, en cas de fraude fiscale ou sociale (Ex: un entrepreneur dissimule une partie de son chiffre d’affaires pour payer moins de cotisations Ursaff), de manquements graves (Ex: un entrepreneur accumule plusieurs dettes fiscales malgré les nombreuses relances de l’Ursaff) ou de caution personnelle expressément signée (ex: les banques vont généralement demander de renoncer à la saisie de la résidence principale pour vous octroyer un prêt. Donc si vous ne payez pas le montant prêté, elle aura la possibilité de saisir votre résidence principale).
Pour finir, l’entrepreneur individuel peut exercer toute activité commerciale, artisanale, libérale ou agricole.
2. Comment créer son entreprise individuelle : les démarches étape par étape
Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités de création sont centralisées sur le Guichet unique de l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI), accessible à l’adresse formalités.entreprises.gouv.fr. La démarche est entièrement dématérialisée et gratuite.
1
Préparer les documents nécessaires
Pièce d’Identité en cours de validité, Justificatif de domiciliation de l’activité, Déclaration sur l’honneur de non-condamnation et filiation, attestation de notification au conjoint (si marié sous certains régimes).
2
Créer un compte sur le Guichet Unique de l’INPI
Rendez-vous sur formalités.entreprises.gouv.fr, créer un espace personnel, sélectionnez « Création d’une entreprise individuelle ».
3
Remplir le formulaire de déclaration d’activité
Indiquer la nature de l’activité (commerciale, artisanale, libérale, agricole ), choisissez le code APE correspondant, renseigner l’adresse de domiciliation, choisissez votre régime fiscal (micro ou réel), et votre périodicité de déclaration (mensuelle ou trimestrielle)
4
Valider et signer électroniquement
L’INPI vérifie le dossier et le transmet automatiquement à l’INSEE, aux services fiscaux et aux organismes sociaux.
5
Recevoir votre SIRET
Délivré par l’INSEE sous 1 à 3 jours ouvrés. Ce numéro est indispensable pour émettre vos premières factures.
6
Demander l’ACRE si éligible (délai impératif : 60 jours)
Depuis le 1er janvier 2026, l’ACRE n’est plus automatique. Vous devez déposer une demande auprès de l’Urssaf dans les 60 jours suivant la création. Passé ce délai, l’aide est définitivement perdue.
Nouveauté 2026 — ACRE : depuis le 1er janvier 2026, l’ACRE (exonération partielle de cotisations sociales) n’est plus accordée automatiquement. La demande doit être déposée auprès de l’Urssaf dans un délai impératif de 60 jours après le début d’activité. L’éligibilité est désormais ciblée sur des publics précis : demandeurs d’emploi, bénéficiaires du RSA ou de l’ASS, personnes handicapées, jeunes de moins de 26 ans, personnes résidant en zone ZFRR.
3. La fiscalité de l’entrepreneur individuel en 2026
3.1 Deux régimes au choix : micro ou régime réel
| Critère | Micro-entreprise | Régime réel |
| Plafond Chiffre d’Affaires (pour les prestations de services) | 83 600 € HT/an | Illimité |
| Plafond Chiffre d’Affaires (pour les ventes) | 203 100 € HT/an | Illimité |
| Calcul du bénéfice | Abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 %) | Recettes − charges réelles déductibles |
| TVA | Franchise en base (exonéré sous seuils) | TVA collectée et récupérée |
| Comptabilité | Livre des recettes + registre achats | Comptabilité complète |
| Idéal pour | Faibles charges, démarrage | Charges élevées, CA important |
3.2 L’impôt sur le revenu (IR) : régime par défaut
Par défaut, les bénéfices de l’EI sont intégrés à la déclaration de revenus personnelle de l’entrepreneur et soumis au barème progressif de l’IR, dont les tranches vont de 0 % à 45 %. En micro-entreprise, un abattement forfaitaire est appliqué au chiffre d’affaires avant imposition :
| Type d’activité | Abattement forfaitaire | Catégorie fiscale |
|---|---|---|
| Achat-revente de marchandises | 71 % | BIC |
| Prestations de services commerciales/artisanales | 50 % | BIC |
| Activités libérales | 34 % | BNC |
Option versement libératoire : si le revenu fiscal de référence de votre foyer ne dépasse pas 27 478 € par part (seuil indicatif 2026), vous pouvez opter pour le versement libératoire de l’IR. L’impôt est alors prélevé directement sur le chiffre d’affaires déclaré à l’Urssaf, en même temps que les cotisations sociales, selon des taux fixes : 1 % pour le commerce, 1,7 % pour les services, 2,2 % pour les libéraux.
3.3 Option pour l’impôt sur les sociétés (IS)
Depuis la réforme de 2022, tout entrepreneur individuel peut opter pour l’IS en demandant une assimilation à une EURL. Cette option permet de séparer fiscalement la rémunération du gérant (imposée à l’IR) du bénéfice de l’entreprise (imposé à l’IS à 15 % puis 25 %). Elle est pertinente lorsque l’activité génère des bénéfices importants que l’entrepreneur souhaite réinvestir dans l’entreprise plutôt que de se les verser.
Attention : l’option IS est irrévocable après le cinquième exercice. Elle doit être mûrement réfléchie, idéalement avec l’accompagnement d’un expert-comptable.
4. Les cotisations sociales en 2026
Les cotisations sociales permettent d’ouvrir des droits à l’assurance maladie, à la retraite de base et complémentaire, et à la formation professionnelle.
4.1 En régime micro-entrepreneur
Les cotisations sont calculées en appliquant un taux fixe au chiffre d’affaires déclaré. Si le chiffre d’affaires est nul, aucune cotisation n’est due.
- Achat-revente, fourniture de logement (BIC ventes) : 12,3%
- Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC services): 21,2 %
- Professions libérales non réglementées (BNC hors CIPAV): 25,6%
- Professions libérales réglementées affiliées CIPAV : 23,2%
Reforme 2026: La répartition interne des cotisations a évolué au 1er janvier 2026. La part de CSG-CRDS diminue au profit des cotisations contributives (retraite notamment), ce qui améliore les droits individuels des auto-entrepreneurs sans augmenter le montant total prélevé.
4.2 En régime réel (EI classique)
Les cotisations sont calculées sur le revenu professionnel réel et non sur le chiffre d’affaires. Elles couvrent les mêmes postes (maladie, retraite, formation) mais sont provisionnelles en début d’activité, puis régularisées une fois les revenus réels connus. Le paiement s’effectue via deux acomptes provisionnels et une régularisation annuelle auprès de l’Urssaf.
4.3 L’ACRE : exonération à la création
L’ACRE permet de bénéficier d’une réduction partielle des cotisations sociales lors de la première année d’activité. Depuis le 1er juillet 2026, le taux minoré applicable aux micro-entrepreneurs passe de 50 % à 75 % des taux habituels, ce qui réduit l’avantage par rapport aux années précédentes. Il est donc conseillé, si vous êtes éligible, de créer votre activité avant cette date pour bénéficier des anciennes conditions.
5. La gestion administrative : vos obligations au quotidien
5.1 La facturation
Toute vente ou prestation doit faire l’objet d’une facture. Voici les mentions obligatoires à y faire figurer :
Facture électronique obligatoire dès septembre 2026: à compter du 1er septembre 2026, toutes les entreprises, y compris les micro-entrepreneurs, devront être en mesure de recevoir des factures électroniques via une Plateforme Agréée (PA). L’obligation d’émettre des factures électroniques ne s’appliquera aux TPE qu’au 1er septembre 2027. Il est recommandé d’anticiper dès maintenant en choisissant un outil de facturation compatible.
5.2 La comptabilité
En micro-entreprise :
- Tenir un livre chronologique des recettes (date, montant, mode de paiement, origine)
- Tenir un registre des achats (pour les activités d’achat-revente uniquement)
- Conserver toutes les pièces justificatives pendant 10 ans
- Ouvrir un compte bancaire dédié dès que le CA dépasse 10 000 € deux années consécutives
En régime réel :
- Comptabilité complète (bilan, compte de résultat, annexes)
- Déclaration de résultat annuelle (formulaire 2042-C PRO ou 2035 pour les libéraux)
- Gestion de la TVA si assujetti (déclarations périodiques)
5.3 Les déclarations obligatoires
| Déclaration | fréquence | Organisme |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires (cotisations sociales) | Mensuelle ou trimestrielle | Urssaf |
| Déclaration de revenus complémentaire | Annuelle (mai) | Impôts.gouv.fr |
| Déclaration de résultat (régime réel) | Annuelle | Impôts.gouv.fr |
6. Avantages et inconvénients de l’EI
✔ Avantages
- Création gratuite, rapide (1 à 3 jours)
- Aucun capital minimum requis
- Gestion simplifiée (surtout en micro)
- Patrimoine personnel protégé depuis 2022
- Cotisations proportionnelles au CA (micro)
- Option IS possible depuis 2022
- Idéal pour tester une activité
✘ Inconvénients
- Impossible d’avoir des associés
- Charges non déductibles en micro
- Plafonds de CA en micro-entreprise
- IR pouvant être élevé si revenus importants
- Protection sociale moins complète qu’un salarié
- Pas d’accès aux BSPCE ou à la levée de fonds
- Moins crédible qu’une société auprès des banques
7. FAQ Juridique
La micro-entreprise n’est pas un statut juridique à part entière : c’est un régime fiscal et social simplifié accessible aux entrepreneurs individuels dont le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas 203 100 € (ventes) ou 83 600 € (services). Tout micro-entrepreneur est donc un entrepreneur individuel, mais l’inverse n’est pas vrai.
En micro-entreprise, l’entrepreneur bénéficie par défaut de la franchise en base de TVA : il ne facture pas la TVA à ses clients mais ne peut pas non plus la récupérer sur ses achats. Des seuils s’appliquent (85 000 € pour le commerce, 37 500 € pour les services en 2026). Au régime réel, l’EI est assujettie à la TVA selon le droit commun.
Oui, dans la plupart des cas. Il convient toutefois de vérifier que le contrat de travail ne contient pas de clause d’exclusivité ou de non-concurrence. L’activité indépendante ne doit pas empiéter sur le temps de travail contractuel ni entrer en concurrence directe avec l’employeur.
Oui. Le passage au régime réel peut être décidé sur option, à tout moment, ou s’impose automatiquement en cas de dépassement des plafonds de chiffre d’affaires pendant deux années consécutives. Cette transition implique de mettre en place une comptabilité complète et de gérer la TVA si l’activité y est assujettie.
Oui, depuis la réforme du 14 février 2022. Le patrimoine personnel (résidence principale, épargne personnelle, etc.) est automatiquement séparé du patrimoine professionnel. Les créanciers professionnels ne peuvent saisir que les biens affectés à l’activité professionnelle, sauf en cas de fraude, de manquements graves aux obligations fiscales et sociales, ou de caution personnelle signée.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Pour toute décision, consultez un expert-comptable ou un avocat.
- Sources officielles :
- • Guichet unique INPI — formalites.entreprises.gouv.fr
- • Service-Public Entreprendre — Cotisations sociales du micro-entrepreneur (vérifié janv. 2026)
- • Service-Public Entreprendre — Cotisations sociales de l’entrepreneur individuel (vérifié fév. 2026)
- • Urssaf.fr — Nouvelles règles ACRE au 1er janvier 2026
- • Autoentrepreneur.urssaf.fr — Taux de cotisations 2026
- • Economie.gouv.fr — Obligations du micro-entrepreneur
- • Bpifrance Création — Micro-entrepreneurs : ce qui change en 2026
- • Code général des impôts, art. 293 B (franchise en base de TVA) et art. 50-0 (régime micro-BIC)
- • Loi n° 2022-172 du 14 février 2022 — Réforme de l’entrepreneur individuel
- • Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 — Réforme ACRE et cotisations
