RETRAIT DE LA CAN 2026 AU SENEGAL : Que disent réellement les articles 82, 83 et 84 du Règlement ?
Le retrait de la CAN 2026 au Sénégal et les sanctions prises à la suite du match Maroc–Sénégal ont relancé le débat sur la cohérence des décisions de la CAF avec ses propres textes. Au‑delà des discours partisans, la question est simple : la décision rendue en appel est‑elle juridiquement fondée au regard des articles 82, 83 et 84 du règlement de la compétition ? Une lecture attentive de ces dispositions laisse apparaître des contradictions qui fragilisent sérieusement la motivation de la commission. Découvrez dans la suite, l’analyse d’un Juriste.

Un fondement juridique contestable
Les trois articles invoqués sont, en l’état, incompatibles avec la situation réelle du match.
En se référant simultanément aux articles 82, 83 et 84 pour justifier sa décision, la commission d’appel de la CAF s’expose à la critique : la solution retenue apparaît juridiquement infondée, tant sur le fond que sur la forme.
Pourquoi les articles 82, 83 ne s’appliquent pas ?

Si l’on se concentre purement sur la lettre, L’article 82 ne s’applique pas au cas à partie du moment où les joueurs ont repris le match. si la sortie du terrain de la majorité des joueurs sénégalais devait être considéré comme un refus définitif de jouer, L’arbitre aurait dû siffler la fin de la rencontre, constater ce refus de l’équipe Sénégalaise, et déclarer vainqueur le Maroc sur tapis vert. C’est, l’effet que l’application stricte de l’article 82 aurait pu produire. Mais aucun arrêt définitif n’a été sifflé et le match repris.
Au soutien de sa décision, la décision de la CAF cite aussi l’article 83.

l’article 83 ne parait pas davantage pertinent. Il est de toute évidence que l’article s’applique avant le début d’une compétition : « Une équipe qui ne se présentera pas sur le terrain de jeu à l’heure fixée pour le coup d’envoi …etc ». Or dans notre cas, les deux équipes se sont présentées au coup d’envoi. le fait de quitter le terrain sur une contestation pendant le jeu, et revenir moins de 15 minutes après, est-il synonyme de forfait ?
En effet, les joueurs Sénégalais ont quitté le terrain pendant moins de 15 minutes (de la 97e à la 110e minutes). Le match a repris uniquement parce que les joueurs sénégalais ont accepté la décision de l’arbitre qui avait accordé le penalty à l’équipe du Maroc. Le match allant à son terme, le Commissaire auprès de la CAF qui était présent dans les tribunes a-t-il été informé de la décision de l’arbitre de reprendre le match ? Des chroniqueurs ont relevé un échange entre l’arbitre la commission de la CAF qui aurait autorisé la continuité de la compétition malgré les tensions.
Les joueurs sénégalais n’ont pas quitté le terrain plus de 15 minutes, l’arbitre n’a pas non plus siffler l’abandon définitive et le forfait du Sénégal, au contraire, le match a repris et les deux équipes se sont battues pour le trophée.
L’interruption du match pour cause de force majeure : Tensions et bagarres dans les tribunes

L’une des véritables raisons d’interrompre un match est la force majeure, notamment lorsqu’est en cause la sécurité des joueurs et des supporters. En l’espèce, vue les tensions dans les tribunes, entre supporters et forces de l’ordre, peut-on sérieusement considérer qu’il n’y avait pas de force majeure alors que :
- des supporters à l’intérieur, comme à l’extérieur du stage semblaient en danger
- des fumigènes étaient lancés, créant un risque pour la sécurité et la santé
- la tension générale menaçait de dégénérer à tout moment
L’histoire des serviettes blanches un acte complètement délibéré et superstitieux qui, on le voyait à des moments du match, menaçait l’intégrité des joueurs Sénégalais.
Ce geste à forte charge symbolique a débuté par l’initiative du joueur Saibari, de l’ensemble des remplaçants marocains, des supporters marocains et des stadiers. Il n’est cependant pas possible de poursuivre une rencontre dans de telles conditions.
Tous ces éléments montrent des faits suffisants pour que l’arbitre siffle la fin du match au moment de la contestation et des hostilités. Mais rien de tout cela n’a été fait.
Quid de la décision litigieuse ?

À tout ce qui précède s’ajoute la décision litigieuse relative au but refusé au Sénégal et la pression manifeste exercée par certains joueurs marocains, notamment Brahim Diaz, sur le corps arbitral. La question de l’influence de ces comportements sur la sérénité de l’arbitrage reste entière.
Des questions pertinentes peuvent être relevées.
Plusieurs interrogations subsistent :
- Existe‑t‑il un délai de prescription spécifique pour contester ce type de décision ?
- Comment le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) appréciera‑t‑il un litige opposant deux grandes nations africaines de football, dans un contexte aussi sensible ?
- De qui émane réellement la décision de reprendre le match : de l’arbitre seul, de la CAF, ou d’une concertation informelle ?
Si la décision en appel entend sanctionner, directement ou indirectement, la CAF, l’arbitrage ou le Sénégal, encore faut‑il le dire clairement et l’assumer juridiquement. Or, l’équipe sénégalaise a quitté le terrain en connaissance des risques, puis a repris le match avec l’accord de l’arbitre et du Maroc. Cette succession de choix complique l’analyse des responsabilités et appelle une clarification que seul un juge indépendant comme le TAS pourrait apporter. A cet effet que dira le TAS pour juger d’une querelle entre deux grandes nations africaines de football?
De qui vient la décision de reprendre le match? L’arbitre? La CAF? si oui? La décision en appel sanctionne la CAF, l’arbitrage ou le Sénégal qui ont le sait a quitté le terrain conscient des conséquences et a repris le match avec l’accord de l’arbitre et de l’équipe du Maroc. Que dirait un avocat en pareil circonstance? @anatolium
Une image écornée de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN)

Au‑delà du terrain, c’est l’image de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui sort abîmée de cet épisode. La Côte d’Ivoire avait montré, lors de la dernière édition, la capacité du continent à organiser une compétition exemplaire et respectée dans le monde entier. Voir la CAN 2026 fragilisée par des décisions opaques et juridiquement contestables donne un sentiment de gâchis.
« La CAF a complètement disjoncté avec cette décision absurde », dénonce Claude Le Roy, après l’annonce de la victoire du Maroc à la CAN
L’ancien entraîneur français revient, dans un entretien au « Monde », sur la décision du jury d’appel de la Confédération africaine de football, qui a retiré, mardi 17 mars, au Sénégal son titre de vainqueur, pour l’attribuer au Maroc.

En définitive, il faut savoir perdre avec honneur ou triompher sans gloire, plutôt que d’accepter que des décisions discutables entachent durablement la crédibilité du football africain.
Au delà du sportif, c’est l’image écorchée de la coupe d’Afrique qui a été si bien exposée par la Côte d’Ivoire au reste du monde.
